TETOUAN , Maroc

TETOUAN

Didier BERTIN – 22 Août 2020

Tetouan

Tétouan (Tetwan en arabe et Tiṭṭawin en berbère) est située à 60 km de Tanger et à proximité du détroit de Gibraltar. Tiṭṭawin signifie « les yeux » en berbère et par extension « les sources » et en effet la ville est entourée de sources d’eau. Les Phéniciens avaient déjà établi un comptoir puis une ville  à l’emplacement de Tétouan depuis le IIIe siècle av. J.-C. ainsi qu’en témoignent  des vestiges carthaginois.

La marque de l'Histoire espagnole à Tétouan:

En Espagne l'Inquisition espagnole ou tribunal du Saint-Office de l'Inquisition (en espagnol : Tribunal del Santo Oficio de la Inquisición) avait été une juridiction ecclésiastique instaurée en 1478 par une bulle du Pape  Sixte IV à la demande des Rois catholiques,  avant la fin de la Reconquista du 2 janvier  1492 marquée par la chute de Grenade.  L’inquisition  était devenue extrême  sous l’influence de Tomas de Torquemada, moine dominicain,  confesseur de la Reine Isabelle et   obsédé par l’éradication des juifs.  Il fut nommé « Inquisiteur d’Aragon, de Valence et de Catalogne » et celà nous a mené  au décret de l’Alhambra du 31 mars 1492 par lequel les quelques 200 000 juifs d’Espagne devaient se convertir, s’exiler ou être condamnés au bûcher.

Ceux qui ne se convertirent pas s’exilèrent dans le bassin méditerranéen et dans une moindre mesure en Europe du nord.

Devenue un repaire de pirates, Tétouan fut anéantie en 1399 par le roi Henri III de Castille et  rebâtie à la fin du XVe siècle permettant alors aux Musulmans  et aux Juifs expulsés d’Espagne de venir s’y installer.

Les actes de piratage et d’enlèvement de sujets espagnols et français pour les réduire en esclavage au Maroc atteindront un point culminant sous Moulay Ismail. Il est à noter que le nombre d’esclaves espagnols détenus par les marocains était supérieur à celui des esclaves français.

La guerre hispano-marocaine  et même la conquête de l’Algérie visaient notamment  à mettre fin aux Raids des pirates du Maroc et d’Algérie (ancêtres des terroristes d’aujourd’hui) sur les côtes espagnoles et françaises et contre les Presidios espagnols.

A l’origine  les Presidios espagnols devaient permettre la continuation de la Reconquista en Afrique du nord tout en réduisant la piraterie issue du Maroc. Finalement l’Espagne choisit une colonisation minimale en Afrique du nord pour se concentrer sur la conquête de l’Amérique.

Le développement de Tanger :

Au XVIIIe siècle  Tanger (Tanja en arabe et Tingi en berbère) devint la « capitale diplomatique » de l'Empire chérifien et le siège des représentations étrangères accréditées auprès du sultan. Tanger prit alors une importance qui attira  une partie de la communauté juive de Tétouan.  Le mot chérifien qui équivaut généralement à marocain vient du fait que les souverains du Maroc sont des Chérifs c'est-à-dire qu’ils descendent du prophète Mahomet.

L’Espagne et la France se disputèrent la domination de Tanger qui deviendra en 1925 une zone internationale administrée par dix-sept fonctionnaires internationaux et neuf marocains dont trois juifs. De 1940 à 1945 Tanger fut occupée par les troupes espagnoles puis redevint ensuite internationale jusqu’à son rattachement de plein droit au Maroc devenu indépendant en 1956.

Evolution de Tétouan au XIXe siècle et le protectorat espagnol :

Au cours du XIXème siècle l’élite juive de Tétouan avait préféré abandonner le Judéo-espagnol (Haketia) pour le castillan plus propice au commerce avec l’Espagne et les territoires espagnols du Maroc.  En 1862 l’Alliance Israélite Universelle créa la première école juive  d’enseignement général à Tétouan, qui comptait déjà de nombreuses écoles rabbiniques dont l’enseignement était très restreint.

Malgré différents accords avec les souverains marocains les Presidios (Melilla et Ceuta) continuaient à subir l’offensive de leurs troupes et une attaque de  Melilla déclencha en 1859 la Guerre de Tétouan aussi appelée deuxième guerre hispano-marocaine. De 1859 à 1860 les troupes espagnoles commandées par le Général Leopoldo ‘O’donnell investirent la région et le Général Juan Prim prit la ville de Tétouan et fut considéré par les espagnols comme le héros de la bataille de Tétouan.

Les troupes marocaines qui perdaient la guerre avaient prévu par dépit et tradition de mettre à sac la « Juderia » (quartier juif ou Mellah). Mon trisaïeul  Judas Obadia (cf. Mémoires de Léon Obadia)  y avait organisé un groupe de résistance qui obligea ceux des troupes marocaines qui voulaient envahir la Juderia à renoncer à leur projet ; ils auraient attaqué en compensation la vieille ville musulmane.

Le sultan Mohammed IV dut demander la fin des hostilités et à signa le traité de Wad-Ras à Tétouan le 26 avril 1860. Ce traité prévoyait notamment : le paiement par le Maroc d'une indemnité de guerre de 400 millions de Réaux avec l’occupation de Tétouan jusqu’au paiement complet de l’indemnité, l'extension des limites de Melilla et l'agrandissement du territoire de Ceuta et une série accords commerciaux  favorisant les échanges entre l’Espagne et le Maroc.

Après le paiement de l’indemnité de guerre    les Espagnols quittèrent Tétouan en 1862. Les juifs de Tétouan représentaient très approximativement le quart des 25.000 habitants environ de la ville, mais nombre d’entre eux qui craignaient des mesures de rétorsion pour avoir été favorables aux espagnols et préférèrent fuir à Melilla ou en Algérie sous contrôle français ou s’installer en Amérique latine.

En Juin 1883 la ville fut visitée par l'explorateur français Charles de Foucauld qui séjourna dans Juderia. Il mentionna la bonne santé économique du quartier juif   « le plus propre et le mieux construit que j'ai vu au Maroc »  tandis que les quartiers excentrés tombaient en ruine.

Sous le protectorat espagnol de 1913 à 1956 Tétouan devint la capitale du Maroc espagnol...

La fin de l’inquisition en Espagne, l’abolition du décret de l’Alhambra et le retour souhaité des Juifs d’Espagne (Sefardim) :

L’inquisition espagnole de 1478 n’a été finalement abolie qu’en 1834. Cependant le décret de l’Alhambra de 1492 interdisant aux juifs de demeurer sur le territoire espagnol n’a lui été aboli qu’en 1967 par Franco.

Le  24 juin 2015 une loi fut votée en Espagne pour permettre aux juifs d’Espagne de revenir en Espagne en tant que sujets du Roi après une parenthèse de 5 siècles qui n’a pas affecté les liens entre les Juifs d’Espagne (Sefardi, pluriel Sefardim) et l’Espagne.